mercredi 17 avril 2013

Tatoo - Mon - 17.04.13

Après un long trajet depuis Jhorat en jeep collective poussive sur une route bien crevassée dans les montagnes, j'arrive enfin à Mon, bourgade pauvre du Nagaland.

Pas vraiment de charme, 30 minutes d’électricité par jour (mais j'ai des bougies, youpi!!), 2 guesthouses et pas d'eau disponible dans la mienne (mais j'ai des seaux d'eau froide, youpi!!).

Peu ou pas d’infrastructures, un village bof ; alors que viens-je faire à Mon ?

En fait, la zone abrite des villages traditionnels intéressants, des ethnies bientôt disparues alors évidement tout cela m'attire.

Je me dégote un guide, et je lui exprime formellement que je ne veux pas qu'il m’emmène dans les villages cités dans les guides et dans lesquels l'authenticité des rencontres est remplacée, comme toujours, par les relations marchandes (mais je les comprends vu que je ferais la même chose à leur place!).

Mon guide décide de me faire visiter un village que je ne nommerai pas pour le préserver, un village où les touristes ne vont pas, un village que je découvre au petit matin dans la brume et qui se dévoile au fur et à mesure que les nuages se dissipent.




Nous sommes au cœur d'un village Konyak, une branche des nagas, la tribu des « chasseurs de tête ».

Pour la petite leçon, les konyaks, originaires de Chine, se sont installés dans cette partie du nagaland il y a 4 ou 5 siècles, difficile de le savoir. Puis des tensions sont apparues entre les différents villages au sujet de terres que l'on se disputait.

La guerre était déclarée et les guerriers envoyés pour tuer.

Preuve de leur succès, ils revenaient alors avec la tête de l'ennemi. Le crâne devenant trophée.
Chacun avait alors sa collection de « têtes ». Ils sont trop sentimentaux ces Konyaks !

Aujourd'hui, maintenant que la paix est revenue, on remplace les cranes humains par les squelettes d'animaux en guise de décoration à l'entrée des maisons.

Mais le plus impressionnant reste à découvrir. Car la guerre s'étant terminée dans les années 50, il existe encore quelques guerriers de cette époque.

Et la particularité des guerriers Konyak réside dans les tatouages qu'ils arborent..







Tout guerrier (ce qui est équivaut à 90% des hommes) devait se faire tatouer avant l'âge de 16 ans sur le visage et sur le torse. Et c'est assez incroyable de rencontrer ces hommes, croyez-moi.

Car ce sont les derniers.
La paix a coïncidé avec l'évangélisation de cette ethnie à l'origine animiste. En échange d'écoles, on a construit des églises et convertit ces hommes à la chrétienté.

La guerre entre les villages s'est achevée en même temps, alors on a arrêté de tatouer les hommes au début des années 1950.
Difficile de rentrer dans le débat des bienfaits ou non d'une évangélisation mais le fait est là, certaines traditions des konyaks ont disparu.

Et ces hommes enterreront avec eux cette usage du tatouage. D'où aussi ma fascination d'être le témoin d'une tribu qui changera à jamais dans quelques années.

Un de mes moments les plus incroyables de mon voyage, de loin.

En tant qu'étrangère, je dois me présenter au Roi du village. Car chaque village a un roi, charge héréditaire de père en fils. Si un jour j'avais imaginé être présentée à un Roi...
 

 

Seul le roi peut porter les bracelets de couleur bleu autour des mollets, seul lui a des bracelets en ivoire autour des bras.

Les femmes aussi étaient tatouées à l'époque mais leur visage a été épargné. C'est autour des mollets et autour des bras qu'on leur a tatoué de larges bandes noires, signes d’appartenance ethnique.



C'est dimanche quand je visite le village, une bonne partie des habitants est allée à l'église, et je croise ce konyak tatoué qui a sorti sa plus belle veste pour l'occasion.


Beaucoup de ces ex-guerriers arborent un pendentif (yanra) avec des têtes. Avant, le nombre de têtes sur le collier signifiait le nombre de têtes coupées..

Puis un konyak se plait à me montrer sa collection de crânes d'animaux devant sa porte dont un ours et un tigre..
 


Et les dents du tigre se sont retrouvées autour du collier!


Je retrouve plus tard ces messieurs autour d'un feu dans un morung, ancien dortoir pour célibataires. Ils sont là, à mâcher du tabac en crachant, ces vieux qui me fascinent complètement.






Pendant ce temps, les enfants continuent leurs activités.. Quel drôle de village.







Voilà.. je me demande ce que fout Frédéric Lopez. Il a intérêt à y envoyer une de ses célébrités avant que tout cela ne disparaisse.

En tout cas, c'est un nouvel épisode de « rendez-vous en terre inconnue » avec moi-même en guest star !

En prime, parce que je n'ai pas encore posté de photo de moi depuis mon départ en février, cadeau ! (oui, je sais je suis floue..)


Et pour illustrer le titre de ce post, tatoo, des Who. Il ne pouvait pas en être autrement!

Merci de me lire!

10 commentaires:

Anonyme a dit…

Incroyable rencontre et photos remarquables!
Merci pour ce partage.

Chris

Anonyme a dit…

Décidément tu me régales avec ce nouvel article!
Quelle formidable expérience cela a du être.
Bravo miss!

rémi C.

Anonyme a dit…

super article et photos, vraiment!!! et ça fait plaisir de te voir un peu en photo! te echo de menos
Anne charlotte

Emma Pinto a dit…

Ca ma donné des frissons! Ces hommes sont vraiment impressionant. Leurs visages sont tellement marqués...

Cool de te voir, tu rayonnes! Take care! x

Emma
www.eminhapinto.blogspot.com

Anonyme a dit…

Ma Choute,
Tes photos sont magnifiques et ton récit incroyable!
Quel bonheur de te voir (enfin) sur une photo!
Profite de ces moments magiques et inoubliables...chanceuse!!
Xavier

alain sautot a dit…

Superbe decouverte d'ethnies du bout du monde! Et dire que même là il a fallu que des missionnaires aillent prêcher leur bonne parole....nous allons helas irrémédiablement vers une culture unique.Bonne continuation Emilie.

Anonyme a dit…

tes photos sont extraordinaires, sont des témoignages précieux
le second portait est fabuleux et drole avec ses cheveux tout ébourifés !!
mais où sont les jeunes adultes ?
partis "gagner" leur vie et alimenter le village?

tu as l'air en pleine forme aussi

bisous
cathy emmanuel

Anonyme a dit…

et t'as pas trouvé un fiancé parmi ces Hommes des vrais.
superbe encore un moment fort qui tricote l'écran de ta vie.
Mille baisers

Lenita a dit…

"Nous vivons trop dans les livres, pas assez dans la nature" A. France

S'il était encore de ce monde, avec l'évolution des moeurs, il aurait remplacé les "livres" par les "réseaux sociaux"...

Voilà, en résumé ma pensée suite à la lecture de ce post très touchant.

Cuidate, besos

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